Comme une parole
Le terme bogolan signifie ce que donne l'argile en langue bamanan. Les tissus Bogolan sont principalement fabriqués au Mali, en Guinée, au
Burkina Faso ainsi que dans le nord ouest de la Côte d'Ivoire... Les peuples issus du groupe Mandé, au Mali, pratiquent cette technique depuis
une époque reculée. Aucune datation précise n'a pu jusqu'à maintenant être arrêtée, et l'origine même du bogolan est inconnue. Une légende
raconte qu'une femme revêtue d'un pagne teint au n'galama l'aurait accidentellement tâché avec de la boue provenant du fleuve. Lorsqu'elle
tenta de le nettoyer, elle s'aperçut que la boue avait teint le tissu du vêtement et que les tâches étaient permanentes.
Parmi les ethnies qui ont pratiqué et pratiquent encore le bogolan, on note les Dogons, les Bobos, les Sénoufos et Miniankas, les Malinkés et
les Bambaras. Héritiers de cette tradition, ils ont développé chacun un style singulier évoluant à travers les âges.
Sa fabrication est à base de fibres de coton, de teintures végétales et minérales.
Le tissage, la vêture, servent, en quelque sorte, de véhicule à une littérature orale. Les thèmes sont empruntés à des proverbes, des faits
historiques, à une symbolique sur l'homme et sa place dans la société. Aujourd'hui, il continue à être source d'inspiration plastique (teinture,
peinture,sérigraphie).
En plus de l'expression symbolique précise qu'il traduit, le bogolan avait un usage particulier : trousseaux de mariage, tenues de chasse,
de travail, de parade.
Ainsi, le bogolan a une valeur culturelle et associe un aspect esthétique à une fonction de communication sociale : par les motifs il est
possible de déterminer le rang social d'un individu, une région ou une confrérie.
Comme il touche plusieurs aspects de la vie sociale, il est vraisemblable que le bogolan a pu jouer un rôle autant éducatif qu'économique.
Le bogolan est un tissu fabriqué à partir de petites bandelettes (d'environ une douzaine de centimètres de large) de cotons, tissées et filées
de manière traditionnelle, et qui sont cousues les unes à coté des autres de manière à obtenir une grande toile. Tous les motifs colorés sont
obtenus à partir de matériaux minéraux et végétaux, par juxtaposition et séquences d'applications.
Le tissage et le filage de l'étoffe du Bogolan constituent une vieille tradition du traitement du coton blanc tissé et filé à la main pour
fabriquer une toile assez épaisse. Les cotons sont trempés dans une teinture végétale, une décoction à base de feuilles, obtenue par
macération de feuilles ou de fruits du tamarinier, qui donne une couleur beige plutôt jaunâtre. La pièce est alors mise à sécher au soleil
puis de la boue est appliquée sur le tissu ce qui donne la couleur du fond ou la couleur dominante de la teinture. Plusieurs fois, des
applications successives de décoctions fixent les couleurs. Le tissu est ensuite remis à sécher puis est lavé pour retirer les excédents de
boue. C'est une technique laborieuse comprenant des applications successives de teinture et une alternance d'étapes de séchage et de lavage
pour fixer les couleurs et les dessins.
La fabrication du Bogolan se caractérise donc par les quatre étapes de filage, tissage, montage de l'étoffe et la teinture du bogolan.
Filage et tissage .Une fois le filage du coton fait à la main, les bandes étroites de cotonnade sont tissées. Il est intéressant de noter
que le métier à tisser utilisé pour fabriquer les bandes étroites de cotonnade est spécifique à toute l'Afrique de l'Ouest. Ce métier est
appelé tiagnirgal : il est horizontal et possède deux rangs de lisses et de pédales. Actionnant avec leurs pieds tour à tour les deux pédales,
les tisserands entrecroisent, dans un mouvement perpétuel, les fils de la chaîne et de la trame. Au fur et à mesure de sa réalisation, la
bande tissée est enroulée autour d'un bâton.
L'étoffe. Le montage de l'étoffe se fait à partir de ces bandes assemblées. La couture se fait à la main et le point est lâche afin de donner
au tissu toute sa souplesse.
La teinture. L'étoffe montée, le support est prêt à recevoir la teinture et le dessin. Une première opération consiste à plonger le tissu
dans une teinture végétale, le plus fréquemment dans une décoction de n'galama (feuille de l'arbre anogeissus leiocarpus), afin de donner
une coloration de base et de permettre par réaction chimique la fixation d'autres couleurs. La réaction chimique entre la boue et la
décoction de n'galama rend la teinte noire et indélébile. Le tissu est ensuite exposé au soleil afin que l'action de ses rayons renforce la
teinte jaune obtenue par ce premier bain de trempage. Le support est alors prêt à recevoir le dessin. Avec une première application de boue,
l'artisan trace des motifs à l'argile sans dessin préliminaire. Après le séchage de l'étoffe au soleil, le tissu est soigneusement lavé. Le
dessin apparaît à cette étape en noir sur un fond ocre jaune. Sur cette base, l'artisan peut éclaircir certaines parties, et il peut teindre
certains éléments de la composition. Les teintures successives sont fixées par étapes selon un long processus alternant trempage et lavage.
La teinture du BOGOLAN
Le bogolan est une technique d'impression nécessitant plusieurs étapes de réalisation. A base de matériaux naturels, la teinture imprègne la
cotonnade blanche. L'artisan (tradionnellement des femmes) travaille entouré de ses instruments, et d' une calebasse retournée, sur laquelle
il pose son ouvrage. Tous ses instruments à tracer sont à portée de main: des traces-lignes (kalama) plus ou moins fins, des spatules en métal, des tiges de mil, de rônier, des plumes, des brosses (bâtonnets de rônier), mais aussi ses pots de couleurs à base de boues et de décoctions. L'artisan applique alors de la boue qui a été fermentée dans une jarre. Parfois de vieux clous favorisant l'oxydation y sont ajoutés. Il trace des motifs à l'argile sans dessin préliminaire, il traite ainsi le fond, par un travail en négatif, en réserve. Après le séchage de l'étoffe au soleil, cette dernière est soigneusement lavée, afin d'enlever l'excédent de boue. Le dessin apparaît à cette étape en noir sur un fond ocre jaune. La réaction chimique entre la boue et la décoction de n'galama, rend la teinte noire indélébile. L'opération peut être renouvelée pour l'obtention d'un noir plus profond. Sur cette base, l'artisan peut éclaircir certaines parties,
par l'action d'un savon corrosif (savon de Sodani) et par l'action de fixatifs végétaux, par la suite ou alors, il peut teindre certains
éléments de la composition par décoction de minéraux ou de végétaux. Les teintures successives sont fixées par alternance à l'aide de
détergents ou de fixatifs végétaux (par exemple, les feuilles et les fruits du Tamarinier, fixent le noir et l'ocre jaune).
L'évolution du BOGOLAN
La plupart des femmes ne pratiquent plus le bogolan traditionnel. Devant la demande toujours croissante, elles ne sont plus les seules à
maîtriser cette technique, les hommes sont petit à petit devenus des artisans du bogolan. Les signes symboliques se sont vidés de leur sens,
ils sont devenus des motifs à valeur uniquement décorative. Des techniques permettant de réaliser des métrages de tissu en un temps réduit
ont été mises au point. Le dessin à la main est parfois abandonné au profit de pochoirs en caoutchouc, en carton, appliqués sur le tissu.
Le dessin est souvent répétitif et s'en trouve appauvri. Il est à noter que l'impression textile industrielle s'est elle aussi inspirée des
motifs bogolan et diffuse en grande quantité des tissus n'ayant plus d'affiliation avec le bogolan. La cotonnade tissée n'est plus le support
privilégié, le bazin, la cretonne, le lin entres autres sont largement employés. Actuellement l'impression en bogolan n'est plus réservée
aux pagnes, elle s'est étendue aux vêtements, aux accessoires, aux tissus d'ameublement, à la décoration;les motifs sont géométriques ou
représentent des scènes figuratives, en majorité destinées aux touristes.
Cet incroyable engouement pour le bogolan a permis à un nombre impressionnant d'artisans de donner libre cours à leur imagination avec plus ou moins de succès.
Le bogolan a subi ces dernières années une évolution importante tant dans le domaine artisanal qu'artistique. L'apparition du bogolan dans les Beaux-arts remonte aujourd'hui à une vingtaine d'années. Plusieurs artistes revendiquent son identité africaine et se sont appropriés la technique traditionelle afin de la valoriser au même titre que tout autre technique d'expression artistique. Ils redonnent à ce patrimoine ses lettres de noblesse en lui apportant une dimension contemporaine par les applications diverses de leurs travaux.